1. Il manque des caractères du français sur la disposition azerty !

Après tant d'année, je m'étonne encore que le clavier livré par défaut en France, le clavier azerty, ne permette pas de taper certains caractères du français : æ Æ œ Œ « » É È À Ù Ç Ç Ÿ (pour rappel les majuscules et les capitales s'écrivent en principe avec les accents et autres diacritiques) les tirets cadratin et demi-cadratin l'espace insécable

On me rétorquera que les traitements de texte contournent le problème via la correction automatique, mais cela n'est d'aucune utilité pour écrire le paragraphe précédent et ne règle en rien le problème pour écrire correctement dans toutes les autres applications. Je ne sais pas pour vous, mais moi j'écris plus souvent dans un navigateur que dans un traitement de texte.

Un sélectionneur graphique de caractères permet d'injecter un caractère quelconque dans n'importe quelle application, mais oblige régulièrement à abandonner le clavier pour partir rechercher avec la souris le caractère qui lui manque.

Sous Windows vous pouvez obtenir certains caractères en appuyant sur 4 chiffres tout en maintenant la touche Alt enfoncée (par exemple Alt + 0200 = È). La seule personne de ma connaissance ayant adopté durablement cette approche a fini par scotcher les combinaisons sur le dessus de son écran…

D'autant qu'il y a plus simple : à bien y réfléchir, certaines combinaisons de touches sont libres sur la disposition azerty, il suffit donc de leur attribuer les caractères manquants :) Ainsi, Linux exploite depuis toujours ces combinaisons vacantes. Et de nos jours, la disposition azerty « augmentée » pas défaut est la variante dite « fr-oss » dont j'avais déjà longuement parlé. J'ai longtemps utilisé cette méthode qui est bien plus efficace que les précédentes et qui ne nécessite qu'un très faible investissement à la différence des méthodes de la deuxième partie.

2. La disposition azerty n'est pas optimisée pour la frappe en français

La disposition de clavier « fr-oss » souffre quand même d'un inconvénient majeur : les caractères manquants se retrouvent sur des combinaisons de touches difficiles d'accès puisque ce sont celles-ci qui restent. D'où l'idée de ne plus se contenter de compléter le clavier azerty, mais de radicalement changer la disposition du clavier.

Le clavier canadien multilingue a longtemps été soutenu sur les forums, mais à bien y regarder son seul mérite était d'exister, car il est encore pire que l'azerty. En effet, il devient encore plus difficile de taper les é è à minuscules… Tout simplement parce qu'il s'agit d'un clavier qwerty augmenté, qui est une disposition conçue pour la langue anglaise !

Et c'est là que ça devient affligeant : non seulement le clavier azerty censé être fait pour le français dérive de cette disposition qwerty faite pour l'anglais, mais pire cette dernière a elle-même été pensée pour… ralentir la frappe et non pour l'optimiser ! En fait, les premières machines à écrire se bloquaient quand on frappait trop vite, les caractères ont donc été volontairement disposés de la pire manière possible, et la disposition est restée. Cela aurait pu se limiter à la question de la vitesse de frappe, mais cette disposition de clavier augmente les risques de tendinites et de troubles musculosquelettiques en augmentant inutilement le déplacement des doigts et des mains, et c'est encore plus vrai pour l'azerty où des caractères aussi courants que é è ou à sont rejettés deux lignes au-dessus de la ligne de repos, pendant que les k z et w occupent des places de choix.

Pourtant un certain August Dvorak a dès 1932 conçu un clavier portant son nom et optimisé pour la langue anglaise, mais à l'époque cela aurait couté trop cher en reformation des dactylos et en remplacement de matériel. Pour ceux qui lisent l'anglais, voici toute l'histoire.

Or, le travail réalisé par Dvorak l'a été aussi pour le français. Il l'a même été fait quatre fois ! Il nous reste aujourd'hui les claviers dvorak-fr et bépo. Le premier présente des inconvénients sur le clavier bépo, mais en plus (et surtout) il est propriétaire et ne peut donc même pas être intégré aux distributions Linux ! À noter que j'ai retrouvé sur le bépo tous les caractères de la disposition « fr-oss » absents de l'azerty et qui m'étaient utiles (par exemple ± ÷ × ≤ ≥ ¬). Évidemment des choix ont du être faits, et aucun clavier n'est parfait pour tous les usages, mais cela ne doit pas faire oublier que le bépo est infiniment supérieur à l'azerty.

En résumé : quitte à apprendre une nouvelle disposition, autant apprendre la disposition de clavier bépo. À noter qu'une bonne frappe à dix doigts se faisant à l'aveugle, ce n'est pas un problème si physiquement le clavier est un clavier azerty, au contraire cela empêche de tricher ;) D'ailleurs, bien qu'ayant maintenant un clavier bépo sur mon fixe (TypeMatrix), je tape actuellement ce texte sur mon portable dont le clavier est imprimé azerty. Ceci étant dit, même sur un portable il est possible de « bépo-iser » le clavier : BeauJoie, qui aura bien aidé à la diffusion du clavier canadien multilingue, propose une planche d'autocollants pour la disposition bépo. (AJOUT : j'ai depuis appliqué cette technique à ce clavier de portable, voir mon nouveau billet Bricolage : faire un clavier bépo avec les autocollants Beaujoie)

Je ne peux juger sur la vitesse de frappe maximale : je tape en azerty depuis 15 ans… Cependant la disposition est plus facile à retenir car plus logique : le Œ est sur la même touche que le O (idem pour le Æ et le A), la virgule est avec le point-virgule, les deux points et les points de suspension sont avec le point simple… Et quand bien même je n'irais jamais plus vite mais juste aussi vite (même si c'est peu probable, j'espère pouvoir en reparler dans moins de 15 ans ;)), je n'ai plus de douleurs articulaires après avoir tapé un long texte, et ça, ça n'a pas de prix :)